Le pont tournant sauvé des ferrailleurs

Une bonne nouvelle et une mauvaise, pour les membres du Chemin de fer des trois frontières (CF3F) qui rêvaient de réhabiliter la plaque tournante ferroviaire en gare de Montzen, voire à quelques encablures, sur le site de la gare de Hombourg. La bonne, c’est que l’outil, dont l’acteur-réalisateur Bouli Lanners et Louis Maraite réclamaient le sauvetage, paraît sauvé. La mauvaise, c’est qu’il sera très probablement réimplanté dans le sud de la province de Namur, près de la ligne historique sillonnant dans la vallée du Bocq, entre Spontin et Yvoir, dans la région de Ciney.

 

En effet, la SNCB a procédé à la vente de ce « pont » qui pivote et permet à une locomotive de faire un virage à 180° à l’ASBL Patrimoine ferroviaire et tourisme (PFT). Un outil bien pratique pour le matériel ancien car jadis, il n’y avait pas encore de poste de pilotage à l’avant et à l’arrière. Or, PFT fait rouler dans la vallée du Bocq, depuis 1992, du matériel ancien comme des autorails, des locomotives diesel et même une à vapeur, actuellement en grosse révision, d’origine allemande, et datant de 1916.

Les amateurs avaient jusqu’au 19 décembre pour enchérir. Ensuite, la SNCB devait désigner l’acquéreur. C’est PFT qui a proposé le plus. Un particulier et un ferrailleur se seraient aussi manifestés, ce qui laissait craindre une fonte du matériel si un autre ne s’était pas révélé plus offrant. L’offre de PFT était cependant conditionnée à la possibilité de déplacer l’outil, explique Alain Defechereux, un des administrateurs de l’ASBL. Ce qu’envisageait la SNCB. Cependant, le ministre Collin a placé le fameux pont tournant sur la liste de sauvegarde du patrimoine wallon, quelques heures avant la clôture des soumissions. Ce qui offrait un sursis de 6 mois, voire un an, pour trouver une solution.

En principe, le site sur lequel se trouve la plaque devrait être dépollué puis réaffecté. Et c’est peut-être ce qui Capture d’écran 2018-01-11 à 09.39.57.pngpourrait constituer le dernier espoir, ténu, qu’entretiennent les membres de CF3F de conserver le pont tournant dans leur région. En effet, si l’on enlève la plaque et réaffecte le sol, la dépollution aura un coût. Or, estime Jean-Marie Cormann, de CF3F, cela ne serait pas nécessaire si on laissait la plaque sur place, en la restaurant et en reposant des rails menant vers le tunnel de la Laschet. Celui-ci débouche en gare de Hombourg, où l’on conserve une collection importante de wagons, dont l’état se dégrade. Les responsables de CF3F voulaient présenter leurs arguments lors d’une espèce de table ronde le 2 mars, à Montzen. Avec l’objectif avoué d’évaluer le potentiel touristique et patrimonial d’un projet reliant la gare de Hombourg à celle de Montzen, en 3,5 km, avec accès au réseau ferré général, tout en transitant par la Laschet et la plaque tournante.

Dans ce contexte, deux solutions se profilent. D’abord une procédure aboutissant à un classement, qui empêcherait qu’on délocalise la plaque. Alors, pas question de déplacer un boulon... Mais alors, la Région wallonne serait amenée à subsidier une restauration. Par contre, si la plaque faisait route vers le Bocq, comme il y aurait délocalisation, la perspective d’un classement, et donc de subsides, s’éloignerait. Intéressant, du point de vue budgétaire pour le pouvoir régional... D’autant que PFT est une association importante, dont l’infrastructure fonctionne déjà, dont les publications sont reçues par quelque 5.000 abonnés et qui compte dans ses rangs entre 125 et 150 membres actifs. Que ce soit sur la ligne musée du Bocq, fréquentée par 6 à 7.000 touristes ferroviaires l’an, dans un espace rétro-train à SaintGhislain ou dans un atelier de restauration de matériel à Schaerbeek. 

YVES BASTIN dans LA MEUSE VERVIERS du 11 janvier 2018

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