Annexion forcée : 75 ans après, le silence reste lourd

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Le 18 mai 1940, les Cantons de l’Est sont annexés sans autre procédure par l’Allemagne nazie. Quelques jours plus tard, 10 autres communes, de Baelen à Plombières, sont intégrées de force au IIIème Reich. Et cela sans que l’État belge s’en offusque ou le reconnaisse officiellement, même après toutes ces années. C’est à partir de ce désarroi que Paul Dandrifosse a lancé toutes ses forces pour faire reconnaître ce fait historique qui a toujours des conséquences immenses au sein des popula- tions concernées. « Certains n’osent en parler que sur leur lit de mort », explique Mireille Vandeuren, échevine de la Culture à Waimes, et présente avec les au- torités waimeraises dimanche matin à Botrange pour se rappe- ler cette page sombre de notre histoire et présenter le livre de Paul Dandrifosse consacré à son combat : « Nos Terres volées en 1940. Plaidoyer pour une vraie Libération ». Cette annexion forcée implique l’obligation de la culture nazie dans les territoires occupés, dont l’embrigadement des enfants dans la Hitlerjugend et donc également les enrôlements de force. « Mon grand-père maternel, qui s’apprêtait à fuir à Liège, a été enrôlé sur le front de l’Est, comme brancardier. Mon autre grand-père, résistant lui, a dû se cacher pendant toute la guerre », souligne Mireille Van- deuren, relatant ici un récit qui illustre une situation schizophrène pour les mémoires fami- liales. Sans s’attarder sur le fait que la région de Malmedy-Waimes a voté massivement en 1929 pour un parti réclamant le retour à l’Allemagne, résultat confirmé encore 10 ans plus tard avec plus 10 % de la population acquise à l’Allemagne, le traitement des enrôlés de force, ou de gré, a aussi eu de graves conséquences à la fin des hostilités. Les mémoires se décantent quelque peu et les langues se délient depuis quelque temps, « grâce surtout au Carnaval des Ombres de Serge Demoulin, qui aborde cette page de notre histoire et qui force les petits-enfants à questionner leurs grands-parents », nous dit encore Mireille Vandeuren.

Une page de l’histoire qui n’est pas tournée, officiellement, et qui hante encore les populations. 

O.T.

Dans «La Meuse Verviers» du 19 mai 2015

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