La Loterie des Pays-Bas prive des agricultures plombimontois de prés belges

Grâce à la loterie et via une asbl hollandaise, Natagora achète des réserves naturelles côté belge

Les éleveurs belges râlent sec : grâce à des fonds de la Loterie nationale néerlandaise, des prés proches de la Gueule sont achetés côté belge. Ce qui fait grimper les prix du pré.

Difficile de contenter tout le monde, d’autant que le terrain agricole est de plus en plus convoité, surtout en zone frontalière. À Sippenaeken et dans la vallée de la Gueule, sur le territoire de la commune de Plombières, certains, dans le milieu agricole, froncent le sourcil en raison de la création de réserves naturelles par Natagora. Ceci, d’autant plus qu’ils estiment que ces achats se font avec le soutien de la Loterie nationale néerlandaise, la Nationale Postcode Loterij, par le truchement de l’association de défense de la nature Ark, basée à Nimègue. Celle-ci contribue à financer de très nombreux projets de son côté de la frontière, mais aussi, plus rarement, à l’étranger. Notamment autour et alentours de la Gueule. Cette rivière s’écoule vers la Meuse, après avoir traversé les entités de Raeren, La Calamine et Plombières.

« UNE VRAIE CATASTROPHE »

Mais c’est uniquement dans cette dernière commune que se concentrent les achats, actuellement. « Entre Sippenaeken et Plombières », explique Joseph Austen, l’échevin de l’Agriculture. Lequel se dit « circonspect". Car prendre des terrains au monde agricole, ça pose quand même un problème. D’autant que nos agriculteurs n’ont pas les moyens de s’opposer à une telle politique d’acquisition. »
« Ceux qui veulent vendre du terrain agricole du côté de la Gueule vont vers les Néerlandais avant que les agriculteurs de la commune soient au courant. Pour nous, ça fait des terres en moins. Dans notre région, c’est une vraie catastrophe. On en a déjà si peu pour nos besoins... », peste Christian Wiertz, un éleveur. Rien qu’à Sippenaeken, ils sont neuf, tous confrontés au problème de l’épandage de lisier, limité par la superficie disponible. Et puis, beaucoup manquent de fourrage et doivent dès lors acheter de la pulpe. Soucis qui s’ajoutent à la crise du lait, mais aussi à la rude concurrence d’agriculteurs néerlandais de plus en plus demandeurs de terres wallonnes proches et dont le prix est un tiers moins cher environ que chez eux. Ce qui a des répercussions jusqu’à Thimister au moins, la pression sur les prix ricochant vers les zones voisines. Pour Christian Wiertz, la gestion des zones naturelles peut aussi poser problème. Par exemple avec des chardons qui essaiment. Par ailleurs, il observe que les terres exploitées par des agriculteurs néerlandais le sont souvent de manière bien plus intensive qu’en Wallonie.

En 2015, Ark a investi 532.409 euros dans la vallée de la Gueule. Ici, les projets communs à Ark et Natagora bénéficient aussi du soutien de l’UE via Interreg et s’accompagnent de formations d’adultes et d’enfants, notamment ceux d’une trentaine de classes d’écoles primaires de villages belges proches.

YVES BASTIN dans LA MEUSE VERVIERS du 9 mai 2016

Réaction

Nécessaire pour créer un couloir pour la biodiversité

Celui qui privilégie la biodiversité jette un regard très différent de celui de l’éleveur belge sur les fonds de vallée de la Gueule.
Chez Natagora, on se défend de vouloir nuire aux agriculteurs locaux. D’ailleurs, souligne Éric Leprince, permanent de l’association, pour les prairies achetées à des agriculteurs souhaitant vendre, on se situe en dessous du prix du marché. Et, indique Jean-Philippe Demonty, le secrétaire de la régionale Pays de Herve de Natagora, ces terrains représentent peu d’intérêt pour un éleveur de par la nature du sol, sou- vent humide. L’intérêt du projet, c’est de créer un couloir permettant à la faune de circuler de l’Eifel allemand à l’embouchure de la Gueule, aux Pays-Bas, via les Fagnes. Ceci en reliant des chaînons constitués par des petites réserves existant déjà. En tout, sur le territoire plombimontois, il y en a pour quelque 30 hectares (l’équivalent d’environ 45 terrains de foot), constitués de prairies ou de bois.
Dans les prés, Natagora et Ark font paître des bœufs Galloway, race d’origine écossaise, aptes à fréquenter des pâtures humides gérées de manière extensive. Ils pâturent sous la surveillance d’un agriculteur
plombimontois, qui a signé une convention à cet effet. Ce qui, explique Éric Leprince, lui permet de bénéficier de primes agroenvironnementales et d’un soutien dans la préparation des dossiers.

Y.B.

Espèce emblématique
Objectif : protéger le chat sauvage

image.jpegL’espèce emblématique protégée dans le cadre des projets visant la vallée de la Gueule est le chat sauvage, felis silvestris. Son habitat s’est fortement réduit en Europe, mais on a constaté son retour en 2006 au Limbourg néerlandais, entre la Gueule et la Gulp. En 2015, on en repérait aussi côté belge, dans la vallée de la Gulp. Dans les Fourons, en 2013, on en avait déjà vu aussi, selon le site Naturetoday. Et en février dernier, Laura Kuipers parvenait à en filmer un entre la Gueule et la Gulp (voir notre site http://verviers.lameuse.be). Notre chat sauvage, tigré, se distingue du domestique par sa taille, un peu plus grande. Une fine ligne parcourt son dos. Elle ne se prolonge pas sur la queue, striée, elle, de un à cinq anneaux. Ses rayures ne sont guère marquées sur les flancs.

Le chat sauvage n’est pas le seul à faire l’objet de beaucoup d’attentions de la part des amateurs de nature, dans la vallée de la Gueule. On cherche aussi à protéger le muscardin, la martre, le brenthis ino (un papillon) ou des oiseaux tels que le cincle plongeur ou la pie-grièche écorcheur. De plus, la flore est aussi intéressante.

Commentaires

  • Les agriculteurs se contredisent, en fait, ils n'en auront jamais assez. Il y a surproduction de lait et, simultanément disparition alarmante de biodiversité. Il faudrait beaucoup plus des réserves naturelles, le monde en a vraiment besoin. Les agriculteurs devraient les favoriser puisqu'ainsi la production de lait serait un peu freinée, ce qui rétablirait un prix correct au litre, ce que tout agriculteur mérite.
    La nature en serait favorisée, ce qui est plus qu'urgent, c'est vital pour quantité d'espèces animales et une flore diversifiée. Une nature saine va devenir vitale à notre santé. Dans un avenir proche, une vie (survie devrait-on dire) de qualité dépendra bien plus d'une amélioration de notre environnement que d'une production agricole accrue. Bravo à Natagora, des bénévoles qui oeuvrent pour la nature et notre santé. Merci aux généreux bienfaiteurs qui favorisent les mêmes buts, nos buts à tous. Rendre des prés à la nature, ne serait-ce pas une solution pour limiter les quantités de lait produites et assurer ainsi un prix honorable aux producteurs, ce qu'ils demandent avec insistance et méritent d'ailleurs. Une nature plus saine et un prix du lait correct : les réserves naturelles ne seraient-elles pas de bonnes pistes pour ces buts ?

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