Distinction entre "fête" et "commémoration".

Faut-il « fêter » 100 ans d'un viaduc ?
Albert Stassen, Président du Royal Syndicat d'initiative des Trois-Frontières, a répondu à la lettre de Roger Koenigs, via le Courrier des Lecteurs publié dans « L’Avenir » du 9 août 2016.
«Viaduc en fête et 100 ans d’entrain» titrait Roger Koenigs dans le Courrier des lecteurs du 6 août en reprochant aux organisateurs des festivités de «fêter» le 100e annrversaire de la construction du viaduc de Moresnet décidé en temps de guerre par le Kaiser oppresseur de la Belgique.
N’étant pas organisateur des manifestations réalisées à cet effet, j'ai toujours utilisé le terme «commémoration» pour en parler car, effectivement «fêter» la construction par l'occupant d'un ouvrage d'art qui, dans un premier temps, n’a servi qu'au transport des troupes destinées au front, peut sans doute être dérangeant.
Cela étant dit, le projet d'une liaison ferroviaire Anvers-Ruhr selon le même tracé était dans les cartons depuis des décennies et les ingénieurs belges du chemin de fer y avaient largement contribué et les accords avaient été signés. Ce n’est qu'en raison des atermoiements liégeois et verviétois qui craignaient que ce trafic marchandise les contourne par le nord que les travaux furent retardés et finalement exécutés par les Allemands durant la guerre 1914-1918. Sans cela, le viaduc aurait déjà été là au début de la guerre.
L'aspect «commémoratif» n'a pas non plus été oublié par les organisateurs puisque, le vendredi 16 septembre, le début des manifestations sera marqué par l'inauguration d'une stèle au cimetière de Moresnet en souvenir des prisonniers russes morts à l'occasion de la construction du viaduc. Je suis persuadé aussi que les expositions et les 4 conférences qui auront lieu à cette occasion réserveront une place significative aux souffrances qu’endurèrent les Belges durant la première guerre mondiale autour et alentour de la construction de ce viaduc.
Je ne pense pas que les manifestations prévues les 16,17 et 18 septembre «troquent l’histoire» en gommant 4 ans d'asservissement. C’est qu'en effet ce viaduc a manifestement marqué le paysage par son caractère imposant et gigantesque puisqu’il fut longtemps le plus long viaduc ferroviaire métallique. Ne rien faire à l’occasion des 100 ans de son érection eût été plus choquant.
Lorsque le Royal S I des Trois Frontières que je préside a réalisé voici 2 ans une grande exposition a la Maison Blanche pour commémorer le centenaire de l'invasion allemande, nous n'avons pas hésité non plus, avec la commune de Lontzen, à associer le grand public dans un Beau vélo de RAVeL qui n’avait rien de commémoratif mais était un moyen d’attirer l’attention du public sur le caractère important de la commémoration à l’occasion de laquelle il avait lieu. C’est exactement la même démarche ici.
Pour pouvoir attirer le grand public à des manifestations commémorant des faits marquants même non voulus à l'époque et parfois douloureux {la construction de ce viaduc en est un), il faut pouvoir allier manifestations commémoratives et manifestations ludiques ou culturelles. L'éclectisme du programme des 16, 17 et 18 septembre à Moresnet me paraît bien équilibré à ce sujet.

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