La première multinationale d’Europe est de chez nous

Un livre sur la Vieille Montagne

Le zinc a longtemps été un cheval de bataille de notre industrie, au 19e siècle. Un livre d’un historien liégeois le rappelle, en montrant comment notre leadership s’est construit avec notre minerai, mais aussi grâce à notre matière grise et nos brevets.

Saviez-vous que la première multinationale européenne est née chez nous ? La Vieille Montagne a en effet été créée à La Calamine et Liège, par l’abbé Dony, puis a grandi et a connu quelques déboires, avant de, en 1837, posséder deux sièges : un à Liège, l’autre à Paris, mais aussi des sites de production en Belgique, dont le principal à Moresnet-neutre (La Calamine) et d’autres en France et en Grande-Bretagne.

La Vieille Montagne est considérée comme un des cinq géants du paysage industriel liégeois du 19e siècle, avec Cockerill, Ougrée-Marihaye, l’Espérance-Longdoz et la FN. Elle sera leader du marché du zinc non seulement en Belgique, mais aussi en Europe. Au milieu du 19e siècle, un tiers de la production mondiale de ce métal non- ferreux était originaire de ce qui deviendra notre pays actuel (en englobant l’actuelle commune de La Calamine, qui était alors un Etat indépendant). Et dans cette masse belge, trois cinquièmes de la production relevaient de la Vieille Montagne. Cela valait bien une monographie fouillée. Arnaud Péters, docteur en Histoire de l’ULg, vient de la signer et l’a publiée aux Editions de la Province de Liège.

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L’ouvrage ne traite pas que des événements qui ont jalonné le passé du groupe entre 1806 et 1873, époque de son apogée : son originalité réside dans le fait que son fil conducteur est la politique de brevets ayant permis à la Vieille-Montagne de conserver et de consolider sa position longtemps dominante, avec un groupe qui s’implantera cependant de plus en plus à l’étranger, quand les gisements s’épuisaient.

Jusqu’à ce que l’abbé Dony mette au point le procédé liégeois permettant d’isoler le zinc, on n’avait eu recours au minerai que dans le cadre d’alliages avec le cuivre, ce qui permettait d’obtenir le laiton (ce qu’on qualifie de cuivre jaune). Un minerai qu’on extrayait déjà à cet usage au 10e siècle entre Huy et Dinant, où l’art de la dinanderie se développera. Du côté de nos actuelles trois Bornes, on a peut-être déjà utilisé la calamine dès le 1er siècle après le Christ, mais il faudra attendre 1280 pour en avoir la certitude via les archives.

Capture d’écran 2017-01-09 à 08.31.52.pngDans la région, d’autres centres d’extraction, aux mains d’autres investisseurs, apparaissent au fil du temps. Stembert et Welkenraedt (mentionné en 1640), Prayon et La Rochette près de Chaudfontaine à partir du 16e siècle. On extraira aussi à Membach.

Dony avait obtenu la concession du site de la Vieille-Montagne à Moresnet, mais avec obligation de prouver qu’il peut produire du zinc à l’état métallique. Ce qu’il réussit, avec un brevet fondateur de l’industrie du zinc acté en 1810. Le minerai sera alors traité dans ses fours du quartier Saint-Léonard, à Liège. Mais le Liégeois peinera à trouver des débouchés pour ce métal aux qualités encore mal connues.

Un essor industriel se dessine vers 1830 pour ce qui se révèle être un métal malléable, facilement laminable et résistant à la corrosion. Alors, Dony a déjà cédé l’affaire au Bruxellois Mosselman, qui avait investi dans le capital dès 1813. Celui-ci va contribuer à pérenniser le groupe. Mais d’autres investisseurs, français entre autres, misent sur la Vieille Montagne alors que, de 1853 à 1873, le zinc devient le métal de la nouvelle maison.

Au fil de cette progression, les brevets recensés et analysés par Arnaud Péters auront été témoins du génie, en bonne partie belge. Il aura permis de perfectionner les méthodes de production, d’améliorer les creusets, mais aussi de contrôler les nuisances. Nos métallurgistes et ingénieurs auront aussi le nez fin en s’inspirant d’autres méthodes, comme le procédé silésien, mais verront aussi leurs technologies s’exporter jusqu’en Pennsylvanie.

La Vieille Montagne fusionnera finalement avec la Compagnie royale asturienne des mines, devenant alors Vieille Montagne France, qui rejoindra le groupe Union minière en 1978, lequel se muera en Umicore en 2001. 

Un article d'YVES BASTIN à lire dans LA MEUSE VERVIERS du 9 janvier 2017

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