L’ONG Codéart menacée de disparition

Codéart était une ONG jusqu’à la fin 2017, mais le ministère de la Coopération au développement en a décidé autrement, en la recalant au screening l’évaluant, l’année précédente. Ce faisant, le Gouvernement signait quasiment l’arrêt de mort de l’organisation basée à Hombourg, alors qu’elle fonctionnait depuis 1988 et avait été reconnue ONG en 2004. Mais les Hombourgeois ont saisi le Conseil d’État et tout porte à croire que celui-ci va invalider les résultats de l’évaluation du ministère.

 

 

Capture d’écran 2018-01-30 à 10.55.25.pngÊtre reconnue ONG, pour une organisation comme Codéart, c’est la garantie de voir ses activités financées à 80 % par l’État dans le cadre de la coopération au développement, le solde devant être trouvé par ailleurs. Évidemment, si l’État retire ce soutien, c’est le patatras quasi assuré. Et c’est ce qui s’est produit pour Codéart, basée à Hombourg et active dans la fabrication de machines adaptées à la production agricole dans les pays du Tiers Monde. En 2016, le ministère de la Coopération lui a retiré son agrément d’ONG, avec effet fin 2017.

Codéart conçoit des machines faciles à produire, pour lesquelles il faut former lesCapture d’écran 2018-01-30 à 10.55.55.png artisans locaux qui les construiront et les entretiendront sur place, en République Démocratique du Congo, au Bénin ou en Haïti. Ces outils serviront à transformer des cultures vivrières, explique le site internet de l’organisation. Ainsi, pour la culture du manioc en Haïti, des machines de Codéart assurent les deux tâches les plus pénibles que sont le râpage et le pressage. Avec à la clé, un sacré gain de productivité. On le constate aussi dans la production d’huile de palme au Bénin, où une mécanisation 750 % avec une mécanisation basique conçue par Codéart et réalisée sur place.

En fait, Codéart était la seule ONG en Belgique à travailler avec des artisans locaux dans le domaine de la mécanique. Bien que grave-

ment menacé par le retrait du statut d’ONG, Codéart poursuit actuellement tant bien que mal ses activités. Ainsi qu’on le découvre sur la page Facebook de l’organisation, un Haïtien, Luksen, vient encore de passer trois semaines chez nous pour suivre une formation au fraisage et au taulage qui lui permettra de construire des machines adaptées aux productions locales, de retour dans son île.

Mais sans les 80 % de la coopération, poursuivre les activités se révélerait certainement mission impossible. Actuellement, selon son site et sa page Facebook, Codéart pilote deux ateliers en RDC (à Kinshasa et au Nord Kivu), un au Bénin et deux autres en Haïti (au nord et au sud de l’île). L’avis de l’auditeur du Conseil d’État laisse présager une annulation du screening qui avait valu à Codéart de perdre son agrément fin 2017. Mais cela ne veut pas dire qu’il serait récupéré pour autant. Car, pour prendre une comparaison, c’est comme si on annulait l’échec total en première session pour un étudiant. Cela ne le dispenserait pas de convaincre en deuxième sess’. L’audience au Conseil d’État est programmée d’ici trois semaines, apprend-on sur son site. L’arrêt devrait tomber une quinzaine de jours plus tard. -

YVES BASTIN dans LA MEUSE VERVIERS du 30 janvier 2018

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