L’atout belge de la course contre le virus !

Depuis l’annonce de la découverte d’une nouvelle méthode de dépistage, le téléphone du virologue Benoît Muylkens ne cesse de sonner. Canada, Allemagne, France : tous sont intéressés par sa technique qui permet de répondre à la pénurie de réactifs à laquelle le monde entier est confronté.

C’est un peu fatigué mais plein d’optimisme que Benoît Muylkens nous accueille à l’Université de Namur. Ce professeur expert en virologie et directeur de l’unité de recherche vétérinaire intégrée est à l’origine de la mise sur pied d’une nouvelle méthode de diagnostic du Covid-19. Grâce à elle, les laboratoires pourront répondre à la pénurie de réactifs qui limite actuellement le nombre de dépistages pourtant essentiels à la lutte contre la propagation du virus.

Depuis une dizaine de jours, le virologue de 41 ans originaire de Plombières ne compte plus ses heures. « C’est la Capture d’écran 2020-03-20 à 08.41.55.pngcourse », confirme-t-il. « La semaine dernière, c’était la partie amusante. J’ai pu faire des manipulations et je rédigeais la nuit pour valider la méthode mise au point. » Depuis cette semaine, les diagnostics ont officiellement commencé. « Maintenant c’est : coordination, coordination, coordination ! »

SON TÉLÉPHONE CHAUFFE

Cette course, Benoît Muylkens ne la subit pas. Loin de là. « Il faut qu’on accélère. La maladie va très vite et il y a une course entre elle et notre capacité de diagnostic. Le but aujourd’hui, c’est d’être très fort ensemble. » Une chose est sûre : depuis qu’il a dévoilé sa trouvaille, son téléphone ne cesse de sonner. « Suite à l’homologation de la méthode, j’ai eu des contacts avec le Canada, l’Algérie, l’Allemagne, de nombreuses universités belges. Ça se dissémine et c’était notre objectif », sourit-il.

Son idée n’était en effet pas qu’un seul laboratoire réalise des milliers de tests par sa méthode. Mais plutôt que la technique développée à l’UNamur fasse des petits un peu partout, en Belgique, mais aussi au-delà.

À Namur, 24 personnes réalisent les tests chaque jour. Mettre davantage de monde sur le coup au sein d’un même laboratoire n’est, selon

le virologue, pas une bonne idée, surtout d’un point de vue qualitatif. Et mieux vaut éviter de remplacer une pénurie de réactifs par une pénurie d’humains que l’on aurait poussés à bout. « Il y a au moins 20 laboratoires sur le territoire belge qui pourraient mettre sur pied le même dispositif qu’à l’UNamur. » Faites alors le calcul : 480 tests multipliés par 20, cela représente quelque 9.600 diagnostics par jour ! Un beau potentiel quand on sait que, selon les autorités, seuls 20.000 ont jusqu’à présent été réalisés en Belgique.

La méthode, à condition que les échantillons arrivent rapidement et en nombre dans les laboratoires, pourrait donc permettre à la lutte contre la propagation du virus de faire un énorme bond en avant. Une excellente nouvelle qui n’empêche pas le virologue de rester très modeste. À l’entendre, il n’a « pas fait grand-chose, si ce n’est reprendre trois petites idées très simples ».

« COMME À LA FERME »

Alors que la découverte est saluée à l’international, Benoît Muylkens la compare, très humblement, à son travail de jeunesse à la ferme. « Hier j’ai téléphoné à mes parents qui m’ont demandé ce que j’avais fait », sourit-il. « Je leur ai dit que je m’étais rappelé ce que l’on faisait quand on avait 2.000 ballots de foin à ranger. Ces ballots, vous avez beau avoir un monte-charge, si vous n’avez pas des amis et des voisins qui viennent vous aider, ça n’ira jamais. Par contre, si vous positionnez les gens à leur poste, en quelques heures, ils seront rangés. » Cette comparaison peut sem-bler réductrice face à l’importance de la technique mise sur pied. Et pourtant, selon Benoît Muylkens, tout est, là aussi, une question de coordination. « Ici, les diagnostics positifs et négatifs vont pouvoir être triés de manière fiable, parce que nous avons coordonné des humains dans leur travail. » 

SABRINA BERHIN dans LA MEUSE du 20 mars 2020

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